Œuvre peint

Œuvre peint

1871-1902
Premières années

À l’École des Beaux-Arts, poussé par son maître Gustave Moreau à participer aux concours, Rouault se démarque rapidement. Dès 1894 il remporte le Prix Chenavard avec L’Enfant Jésus parmi les docteurs, œuvre qu’il présentera l’année suivante au Salon des artistes français. Il est alors âgé de 23 ans. 

Après une première participation au Prix de Rome avec Samson tournant la meule, Rouault est pressenti comme lauréat lors de sa seconde participation en 1895 avec Le Christ mort pleuré par les Saintes Femmes. Finalement Léon Bonnat, un peintre académique, impose son veto et Rouault n’est pas choisi.

Mais ces concours le font connaitre. Le député socialiste Marcel Sambat, qui sera un collectionneur fidèle, achète Le Christ mort pleuré par les Saintes Femmes, exposé actuellement au musée de Grenoble. 

Fille au miroir, 1906, détail
Fille au miroir, 1906, détail

1902-1914
La révolte  

Profondément affecté par les récentes épreuves de sa vie, la mort de Gustave Moreau, sa solitude et son dénuement, Rouault est « à bout de forces, moralement et physiquement ». Épuisé et malade, il part en séjour de convalescence à Évian en 1902. Le repos et la nature de l’arrière-saison renouvellent totalement sa vision. Il se met à peindre frénétiquement. 

Cette période est marquée par la naissance des amitiés qu’il conservera toute sa vie, avec Léon Bloy et le couple philosophe Jacques et Raïssa Maritain. Proche des idées de Bloy sur la société, il les retranscrit dans sa peinture (« Les Poulot », personnages de La femme pauvre de Bloy). Rouault conservera toujours le soutien fidèle des Maritain pour son œuvre. En dépit de l’amitié indéfectible qui le lie à Rouault, Bloy rejette sa peinture qu’il ne comprendra jamais.

1914-1930
L’artiste solitaire  

Ambroise Vollard, l’un des marchands d’art les plus prestigieux de Paris, achète à Georges Rouault l’ensemble de son atelier, soit 770 œuvres. Le peintre accepte à condition de pouvoir terminer ses œuvres à son rythme. Passionné par l’édition de luxe, Vollard commande à  Rouault  les illustrations de nombreux livres : Réincarnations du Père Ubu, Cirque de l’Étoile filante, Passion, Miserere, Les Fleurs du Mal

Pendant une dizaine d’années, de 1917 à 1926, son travail de graveur est si intense qu’il ralentit considérablement son activité picturale. À partir de 1927, Rouault s’astreint à achever des centaines de tableaux, honorant ainsi son contrat avec Vollard. 

L’essentiel de sa production représente des figures du cirque, des sujets religieux, et des paysages. À ces trois sujets prédominants s’ajoutent des nus et des portraits, tandis que les thèmes des filles, des juges et des types grotesques disparaissent progressivement. 

Acrobate, vers 1925, détail
Acrobate, vers 1925, détail

1930-1948
Maturité  

Rouault aborde un art plus contenu que dans les années 20 pour aboutir à cette grâce paisible et vivement colorée qu’inaugurent les œuvres des années trente. Le dessin plus statique et la palette plus éclatante traduisent une harmonie spirituelle qui ne fera que s’amplifier avec le temps. Les œuvres célèbrent désormais la beauté de la nature (fleurs, paysages, nus) et manifestent un souci décoratif nouveau (arabesques, bordures). 

Sexagénaire, Rouault bénéficie d’une certaine sécurité financière et d’une reconnaissance mondiale. La critique devient foisonnante et unanime. Si Rouault a une vie plus sereine et stable, il traverse pourtant une nouvelle guerre et connaît les affres d’un procès avec les héritiers d’Ambroise Vollard décédé accidentellement en 1939. Dans la solitude de l’atelier, au cours de la Seconde  Guerre mondiale, il se concentre sur les jeux des lignes, formes et couleurs et termine un grand nombre d’œuvres importantes. De plus en plus ses peintures reflètent un monde intérieur onirique. Le réalisme tragique des Filles et des Juges laisse place à des figures introverties et méditatives. Sa peinture devient de plus en plus spirituelle et sacrée. 

1948-1958
Dernière symphonie     

Les dix dernières années de la carrière de Rouault se caractérisent par une explosion des couleurs et une véritable ivresse de la matière. Cette ultime période est la plus éclatante de son œuvre et son couronnement. 

Les couches de peinture de moins en moins diluées sont amenées par endroits à plusieurs centimètres d’épaisseur. Le noir des larges cernes accentue ces effets de pleins et de creux. La pâte est traitée avec patience et obstination, longuement malaxée, sa nature est transformée. Affranchi des scrupules académiques, Rouault pousse sa technique aux limites du possible. Le visage de Sarah (1956) constitue un exemple typique de cette période : l’accumulation des couches de peinture donne au tableau un aspect sculptural tout en multipliant les nuances de couleurs et les effets de la lumière. 

Nocturne chrétien,  1952, détail
Nocturne chrétien,  1952, détail